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mars 11, 2024

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L’impact du réchauffement climatique sur économie hivernale européenne

La saison du ski bat son plein, mais les amateurs de sports d’hiver constatent à leur arrivée sur les pistes européennes qu’un ingrédient essentiel fait défaut: la neige. Dans les Alpes, la destination de ski la plus prisée au monde, les régions qui dépendent de ce type de tourisme sont engagées dans une course contre la montre pour assurer la pérennité de leur modèle économique.

Les Alpes sont la chaîne de montagnes la plus étendue d’Europe et la destination de sports d’hiver la plus prisée au monde. Elles attirent chaque année plus de 40% des touristes skieurs au niveau mondial. L’industrie locale des sports d’hiver brasse beaucoup d’argent avec un chiffre d’affaires estimé à 30 milliards d’euros. Les populations locales tirent généralement une part importante de leurs revenus de ce secteur économique concentré géographiquement.

Le risque posé par la hausse des températures
Toutefois, la diminution des chutes de neige rend l’avenir de ce secteur de plus en plus incertain. Les températures dans les Alpes ont augmenté d’un peu moins de 2 °C au cours des 120 dernières années, quasiment deux fois plus que le réchauffement moyen observé à l’échelle mondiale. Dans certaines stations, les effets de ce réchauffement sont bien visibles, les skieurs étant accueillis par des versants bruns où restent seulement de minces bandes de neige. Au cours des vingt dernières années, la durée d’enneigement moyenne n’a été que de 215 jours dans la région, soit 36 jours de moins que la moyenne observée sur les six derniers siècles. [1]

Le risque est que le réchauffement s’auto-entretienne: avec le recul des glaciers et du manteau neigeux (qui réfléchissent les rayons du soleil), les roches et la végétation sous-jacentes absorbent la chaleur du soleil et contribuent à l’accélération de la fonte.

À l’heure actuelle, le monde fait du hors-piste par rapport à l’Accord de Paris, qui prévoit de limiter le réchauffement de la planète nettement en deçà de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Dans son dernier «Rapport sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions», le Programme des Nations unies pour l’environnement estime que le monde est parti pour se réchauffer de 2,5 à 2,9 °C au cours de ce siècle.

Une étude portant sur 2.234 stations de ski dans 28 pays européens [2] révèle que 53% d’entre elles risquent de manquer de neige si la planète se réchauffe de 2 °C. Dans ce scénario, les stations de basse altitude seraient les plus vulnérables. Celles situées à plus haute altitude pourraient survivre, mais il est probable qu’elles deviennent de plus en plus inabordables et exclusives. Avec un réchauffement de 4 °C, 98% des stations seraient menacées.

Signe des temps, la société immobilière Savills a lancé l’an dernier le Ski Resilience Index. Cet indice classe les stations de ski en fonction de cinq facteurs: durée de la saison, altitude, température, chutes de neige et fiabilité de ces chutes. La résilience (qui est généralement l’apanage des stations de haute altitude) devient de plus en plus importante aux yeux des acheteurs. Si nous n’envisageons pas un effondrement des prix de l’immobilier, il faut s’attendre à une prime conséquente pour les biens immobiliers qui sont, au moins à court terme, épargnés par l’impact du réchauffement planétaire.

Atténuation et adaptation
Le manque de neige, la diminution de l’épaisseur du manteau neigeux et le caractère plus aléatoire des chutes de neige pourraient avoir un impact économique considérable sur le tourisme hivernal dans les Alpes. Confrontées à une crise existentielle, les stations de ski de la région doivent suivre à la fois des stratégies d’atténuation et d’adaptation, en trouvant un équilibre entre la continuité de l’activité et la durabilité.

Même si les stations de ski ne peuvent pas lutter seules contre le réchauffement climatique, elles peuvent y contribuer en faisant ce qui est en leur pouvoir pour réduire leur propre empreinte environnementale. Par exemple, en interdisant les voitures ou en encourageant le recours aux transports en commun et aux énergies renouvelables dans les stations (par exemple, dans les hôtels et pour alimenter les remontées mécaniques). Pour encourager le tourisme durable, certaines stations proposent désormais un «pass Alpin Express» qui permet aux vacanciers venus en train de bénéficier de réductions sur les forfaits, les guides de ski et les spas. Toutefois, des voix s’élèvent pour réclamer une politique de développement durable plus exigeante à l’échelle du secteur.

En matière d’adaptation, la neige artificielle est l’exemple le plus évident. Il s’agit de déployer des canons à neige pour renforcer le manteau neigeux dans les endroits où il est insuffisant pour la pratique du ski. Comme le montre le graphique, cette méthode est courante en Europe.

Source: Italian Green lobby Legambiente, Reuters, BIL

Cependant, il ne s’agit pas d’une solution miracle. Premièrement, elle coûte cher. Deuxièmement, la neige artificielle ne peut être produite que lorsque la température reste inférieure à 1 °C. En effet, il faut que l’air soit suffisamment froid pour que les gouttelettes d’eau pulvérisées gèlent et se transforment en particules de neige. Ce mois-ci, dans la chaîne des Apennins en Italie, il a fait tout simplement trop chaud pour que les canons à neige soient efficaces. Troisièmement, le recours massif à la neige artificielle peut nuire aux efforts d’atténuation compte tenu des quantités d’eau et d’énergie nécessaires.

En 2022, la Banque d’Italie [3] a rédigé un rapport sur le changement climatique et le tourisme hivernal. Les auteurs de ce rapport ont reconnu que la neige artificielle ne suffira peut-être pas à maintenir les flux touristiques. Ils sont parvenus à la conclusion que, si la neige artificielle peut atténuer les pertes financières dues à un déficit d’enneigement certaines années, elle ne sera d’aucune utilité face à la tendance structurelle à des hivers plus doux. La banque centrale italienne a donc appelé à une approche plus globale des stratégies d’adaptation. Les stations devront de plus en plus diversifier leurs activités et leurs sources de revenus, par exemple en promouvant le tourisme quatre saisons et en investissant dans des activités indépendantes des conditions météorologiques, telles que la randonnée et le cyclisme, ainsi que dans l’organisation d’événements tels que les séminaires.

Au carrefour de la passion, de la science et de l’économie
Les conditions de ski observées récemment en Europe nous rappellent concrètement l’impact du changement climatique sur notre vie quotidienne. Le secteur du ski se trouve au carrefour de la passion, de la science et de l’économie et, s’il ne parvient pas à trouver un équilibre durable entre les trois, les régions montagneuses finiront peut-être par devoir envisager l’après-ski.

Pour trouver cet équilibre, les stations slaloment entre les stratégies d’adaptation et d’atténuation, mais d’aucuns préconisent une gouvernance plus formelle du secteur.

[1] Carrer et al. (2023) «Recent waning snowpack in the Alps is unprecedented in the last six centuries», Nature Climate Change, https://www.nature.com/articles/s41558-022-01575-3

[2] François, H. et al. (2023) Climate change exacerbates snow-water-energy challenges for European ski tourism, Nature Climate Change, https://www.nature.com/articles/s41558-023-01759-5

[3] https://www.bancaditalia.it/pubblicazioni/qef/2022-0743/index.html?com.dotmarketing.htmlpage.language=1&dotcache=refresh


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